Honorer la vie de nos héros

Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Echevins,

Chers collègues,

Chaque année, lors des cérémonies du 1er novembre, la Commune d’Uccle rend hommage aux victimes militaires et civiles des deux Guerres Mondiales par un dépôt de fleurs devant différents monuments.

Ce patrimoine commémoratif est particulièrement riche à Uccle. Citons d’abord le monument du square des Héros, érigé à la mémoire des soldats ucclois morts pendant la Grande Guerre; ensuite,les statues évoquant des personnalités, telles que le Roi Albert Ier, Sir Winston Churchill et Edith Cavellou encore, le monument érigé à la mémoire des évadés de guerreau square Marlow et le monument aux anciens du Tomberg, situé dans le quartier du Homborch. Il est aussi rendu hommage à des femmes et des hommes moins connus qui,pendant la guerre, suite à des actes héroïques,ont perdu la vie.

Mais que sait le public des circonstances de leur sacrifice ? Qui étaient ces évadés, ces anciens du Tomberg, ces hommes et ces femmes? Qu’ont-ils fait pour être arrêtés, torturés, fusillés, pendus ou décapités ? Quelles ont été les circonstances de leur mort tragique?Sur les monuments, rien n’est indiqué à ce sujet. On s’interroge et on reste sans réponse.

Lors de la dernière cérémonie du 1er novembre, comme chaque année, une famille attendait le cortège devant le mémorial Raindorf, au Dieweg, à l’entrée du parc du Wolvendael. Une femme âgée était accompagnée de ses enfants, petits-enfants, frères et sœurs. C’était la fille de la victime, Maurice Raindorf, que l’on honorait. Cette femme nous a expliqué que ses parents faisaient partie d’un réseau de résistants. Son père et sa mère ont été arrêtés par les Allemands et emprisonnés. Sa mère, enceinte, a pu être libérée grâce à une intervention de la Reine Elizabeth. Par contre, son père a été torturé et, comme il ne dénonçait pas ses amis, il a été décapité. Cette femme est née alors que son père était prisonnier. Elle n’a pas connu ce père, héros de la guerre.

Mon collègue Daniel Hublet et moi-même avons été fortement interpellés par ce témoignage, d’autant plus que nous sommes tous les deux des descendants d’anciens Bourgmestres ucclois qui, eux aussi, se sont illustrés durant la seconde guerre mondiale.

Mon père, Jacques Van Offelen, a fait partie, comme Maurice Raindorf, d’un réseau de résistants. Pendant la guerre, à Anvers, où il a passé sa jeunesse, avec ses amis, il a rédigé, imprimé et distribué la nuit un journal clandestin, virulent à l’égard des collaborateurs. Après la guerre, il fut décoré de la médaille de la Résistance.

Mon grand-père, Jean Herinckx, Bourgmestre durant cette même guerre,fut en 1942 révoqué par l’occupant pour ensuite poursuivre dans la Résistance et la clandestinité ses activités patriotiques de soutien à la population. Pour son action durant la guerre en faveur des juifs ucclois, il fut d’ailleurs nommé « Juste parmi les nations ».

Nous sommes conscients que le sens de ces monuments de notre espace public n’interpelle plus le passant. Saisit-il vraiment la portée émotionnelle du monument ? Les ucclois d’aujourd’hui se sont appropriés ces édifices sans toujours les comprendre, quitte à n’y voir qu’un élément de mobilier urbain. Certes, des cérémonies continuent d’être organisées chaque année, avec parfois un certain faste comme celle du 1er novembre mais dans une société où il n’y a pratiquement plus d’anciens combattants, la fonction de passeur de mémoire est appelée à évoluer ou disparaître.  C’est d’ailleurs le défi relevé par l’institut des vétérans (Institut national des invalides de guerre, anciens combattants et victimes de guerre) qui ambitionne de se substituer progressivement aux associations patriotiques dans le travail de sensibilisation à la commémoration des conflits dans lesquelles sont ou ont été impliqués des citoyens belges.

C’est pourquoi dans le devoir de mémoire qui nous anime, nous souhaiterions que le Collège envisage les deux propositions suivantes :

  • La première serait de modifier l’organisation des cérémonies du 1er Via une annonce sur le site de la commune et dans le Wolvendael, le Collège inviterait des ucclois, jeunes et moins jeunes, à nous accompagner,depuis la maison communale,lors du dépôt de fleurs aux monuments. Le budget communal ne serait augmenté que des frais de location d’un car.
  • La deuxième serait de placer devant chaque monument commémoratif de notre commune,un panneau avec uncourt texte explicatif rappelant l’histoire des victimes, et/ou un Code QR (Quick Response code), que l’on peut scanner avec son smartphone et qui renvoie vers des informations placées sur le site « Uccle 1180 Ukkel » . Le QR scanner fait d’ailleurs partie des 9 fonctionnalités de la nouvelle application de la Commune pour smartphone. Pour la coordination des textes, une demande pourrait être faite au Cercle d’histoire et d’archéologie d’Uccle.

En vous remerciant pour votre attention.

Marion Van Offelen

Daniel Hublet